#12 juin 26
une assemblée des gestes
et d'artiste
Darius Dolatyari-Dolatdoust,
Jordi Galí, Clara Denidet
une assemblée des gestes (épisode 1) aux Magasins Généraux, 2026. CND Centre national de la danse © Marc Domage
Le 3 avril aux Magasins Généraux à Pantin s’ouvrait l’exposition une assemblée des gestes (épisode 1), imaginée par le chorégraphe Christian Rizzo et la commissaire Anne-Laure Lestage. Lors d’une après-midi de performance, plusieurs artistes ont invité le public à une expérimentation collective, dont les traces ont servi à constituer l’exposition. Dans ce troisième et dernier volet d’une Carte blanche consacrée à Christian Rizzo dans CN D Magazine, les artistes Clara Denidet, Darius Dolatyari-Dolatdoust et Jordi Galí, qui ont exposés leurs œuvres et performances lors d’une assemblée des gestes (épisode 1), partagent leur expérience du vernissage.
« Les performeurs ont investi l’espace comme leur terrain de jeu » Darius Dolatyari-Dolatdoust
« Les costumes de Flags Parade sont loin d’être des vêtements ordinaires… Ils sont très colorés et enveloppent presque entièrement le corps des performeurs, ne laissant apparaître que les mains, les pieds et les visages. Le maquillage prolonge la transformation, comme un dernier camouflage, qui manque son but et fait basculer ces figures vers une autre identité, à la fois humaine, animale et végétale. Cette tension traverse l’ensemble de mon travail, où le costume est un outil de transformation du corps et de l’identité. Les performeurs ont investi l’espace comme leur terrain de jeu, en allant vers le public, en le scindant ou en tournant autour d’eux, en déplaçant momentanément les usages et les frontières de ces espaces d’exposition. À travers leurs déplacements, les costumes modifient notre perception des corps autant que celle de l’espace lui-même. Nous avons présenté cette performance dans des contextes très variés, en intérieur ou en extérieur. Aux Magasins Généraux, j’ai trouvé très intéressant de voir comment les corps du public ont été mobilisés de manière douce et fluide dans l’espace, et cela tout au long du vernissage. »
Flags Parade de Darius Dolatyari-Dolatdoust © Marc Domage
« J’ai aimé la façon dont les présences des spectateurs sont restées actives »
Jordi Galí
« Cette exposition a questionné les étiquettes et le cloisonnement, ce qui illustre clairement la collaboration entre Anne-Laure et Christian. Il est rare que je sois invité dans des endroits consacrés aux arts visuels, et ce type d’expérience alimente autrement la pièce. L’instant n’a que nos gestes est un solo très écrit, silencieux, cela permet qu’il soit toujours en relation avec le cadre de représentation. Je l’ai créé en 2008 avec le titre T pour les plateaux de théâtre, avant de le recréer et de le jouer dans différents contextes, notamment l’espace public et le paysage avec une configuration qui permet de voir la pièce à 360 degrés. Lors du vernissage, j’ai aimé la façon dont les présences des spectateurs restent actives à la fin de la représentation. Ils ont pu prendre le temps de regarder l’œuvre, de l’aborder de plusieurs manières, de se déplacer. Ils sont devenus à leur tour une partie de l’exposition. Ce contexte de réception très favorable à l’écoute et au sentiment de faire communauté permet, à mon sens, de dédramatiser un peu la posture de l’œuvre et de l’artiste, de revitaliser la place du spectateur. Un autre pas de côté était de laisser cette œuvre tout le temps de l’exposition, après la performance du vernissage. Je fais très rarement des œuvres pensées pour être vues sans les corps, mais je trouve très excitant de pouvoir décaler le regard porté sur les corps et les gestes. Il est possible que le vide laissé par ces gestes qui se sont évaporés vienne alimenter une forme de fantasme. Mais ce vide ouvre aussi la possibilité de réinterroger le processus de réalisation de l’œuvre et de sa réception. »
Performance La part inouïe de Clara Denidet et Gabriel Thiney © Marc Domage
« Nous avions envie de rendre visible, et audible, cette expérience totale »
Clara Denidet
« J’ai assisté et accompagné Gabriel Thiney, qui est vannier et osiériculteur, à plusieurs moments lors de récoltes et de tri de l’osier. J’y ai perçu de nombreuses qualités en termes d’expérience sensible, de performances physiques, d’impressions sonores, de gestes presque chorégraphiques… Nous avions envie de rendre visible, et audible, cette expérience totale dans La Part inouïe. Loin d’une mise en scène, l’enjeu était de montrer quelque chose d’assez brut, qui relève vraiment du travail, qui soit honnête. Nous voulions aussi amener le public à la rencontre du milieu rural et agricole à travers ce vernissage. Si la performance nous a amené à une forme de conscience de nos gestes, habituellement plus automatiques, nous avons mis l’accent sur leur répétition et leur amplification. Cela les rend, d’une part, plus lisibles pour le public et, d’autre part, les relie aux motifs du travail en série, à la chaîne, et de l’épuisement de la matière et des corps, qui font partie de notre réflexion politique. »
Propos recueillis par Belinda Mathieu.
Journaliste et critique spécialisée en danse, Belinda Mathieu travaille pour plusieurs titres (Télérama, Trois Couleurs, Sceneweb). Elle est diplômée de Lettres Modernes (Université Paris-Sorbonne), de journalisme (ISCPA) et d’un Master au département danse de l’Université Paris VIII. Elle assure la direction éditoriale de CN D Magazine.
Maison-Main, une assemblée des gestes 2
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