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#12 juin 26

Gigabarre, la danse classique à ciel ouvert

Claudine Colozzi

La Gigabarre au festival Le Temps d'Aimer la danse à Biarritz avec Marie-Claude Pietragalla © Olivier Houeix


Qui a dit que la danse classique était inaccessible ? Chaque année depuis vingt-cinq ans, le festival Le Temps d’Aimer la Danse à Biarritz rassemble des centaines d’amateurs face à l’océan pour participer à une immense barre. Ces dernières années, plusieurs festivals en France ont adopté ce concept, qui transforme la routine quotidienne des danseurs en moment de partage populaire et intergénérationnel.

« Première position. Une main légère sur la barre, le dos droit, les épaules basses. Et demi-plié… » Sur la promenade de la Grande plage de Biarritz, les « pliés » s’enchaînent au rythme de la musique. Chaque dimanche lors du festival Le Temps d’Aimer la Danse – qui a lieu en septembre depuis 1990 – des centaines d’amateurs suivent, durant une heure, une barre classique donnée en extérieur par un professionnel. Ici, la précision technique compte moins que l’énergie qui se dégage de ce moment collectif. « On sent immédiatement qu’on fait partie d’un groupe, même quand on ne connaît personne, se souvient Carole, 48 ans, qui a découvert cet événement alors qu’elle séjournait chez une amie. Il y a quelque chose d’émouvant à côtoyer des gens de tous âges réunis par l’amour de la danse. »

Depuis plus de vingt-cinq ans, la Gigabarre est indissociable du festival biarrot dirigé par le chorégraphe Thierry Malandain. « Nous nous sommes inspirés de ce qui se passe chaque année en avril à San Sebastian face à la plage de la Concha, évoque Richard Coudray, maître de ballet au Malandain Ballet Biarritz. Près de 1 500 élèves des écoles de danse de tout le Pays Basque sont réunis pour un immense cours de danse classique. »

L’idée est simple, mais aussi audacieuse. Là où la barre se pratique habituellement dans l’intimité du studio de danse, la Gigabarre la transporte en plein air. « Très vite, ce rendez-vous est devenu l’emblème du festival, constate Eloixa Ospital, conseillère au développement artistique et territorial au Malandain Ballet Biarritz. On vient en famille, entre amis. Des élèves y côtoient des professionnels, des débutants des danseurs confirmés. »

Au fil des années, plusieurs personnalités se sont succédé pour animer l’événement, dont des membres du Malandain Ballet Biarritz. « Je propose des exercices accessibles à tous sans dénaturer l’exigence de la barre, explique Richard Coudray. Chacun doit pouvoir se sentir libre de participer sans craindre le jugement des autres. » Selon la programmation, des artistes invités donnent aussi la classe, cela a été le cas par exemple d’anciennes Étoiles tels que Nicolas Le Riche en 2016 ou Marie-Claude Pietragalla en 2022. La présence de ces stars a renforcé le caractère exceptionnel de la manifestation, tout en conservant sa dimension populaire. L’année passée, Martin Harriague, actuel directeur de la danse à l’Opéra Grand Avignon et remplaçant dès 2027 de Thierry Malandain à Biarritz, a d’ailleurs innové en proposant une playlist reggae. 

La Gigabarre au festival Le Temps d'Aimer la danse à Biarritz avec Marie-Claude Pietragalla © Olivier Houeix

Outil ludique de transmission et magnifique vitrine pour la danse classique, son principe a essaimé dans d’autres villes balnéaires. En septembre, le festival Cadences à Arcachon organise la Barre sur la plage ; au Violon sur le sable, dédié à la musique classique fin juillet à Royan, une barre sur la plage est animée depuis 2023 par l’ancien danseur Étoile de l’Opéra de Paris Karl Paquette. « C’est un formidable moyen de déconstruire les préjugés autour de notre art encore considéré comme élitiste. Les gens viennent comme ils sont, certains ont revêtu une tenue de danse, d’autres lâchent leurs sacs de courses pour se joindre à nous. C’est ludique et festif », s’enthousiasme Bruno Bouché, directeur du Ballet de l’Opéra national du Rhin, qui a animé des barres en plein air à Strasbourg et Mulhouse.

Le festival Vaison Danses, qui fête ses 30 ans cette année, est aussi fier de proposer ce rendez-vous collectif. « L’esprit est proche de celui initié à Biarritz : créer du lien à travers la danse » commente Pierre-François Heuclin, directeur artistique de l’événement depuis 2018. Sur la place Monfort de Vaison-la-Romaine, un danseur d’une des compagnies invitées encadre l’entraînement matinal sous le regard des touristes installés à la terrasse des cafés. « Je me souviens d’une dame qui esquissait les mouvements en se tenant à une barrière un peu à l’écart du groupe. Quand je me suis approché, elle m’a dit : “J’ai un peu honte de me mêler aux autres vu mon âge, mais merci de réaliser mon rêve, suivre un cours de danse classique !” »

Au milieu des années 1990, encore étudiante à l’École Supérieure de Journalisme de Lille, Claudine Colozzi effectue un stage fondateur à la revue Les Saisons de la danse où elle apprend à aiguiser son regard critique. Journaliste en presse magazine, formatrice, elle traite de sujets très variés, notamment autour de la thématique du handicap. Elle continue de nourrir sa curiosité inépuisable pour la danse en écrivant pour des sites comme Danses avec la plume ou Coups d’œil. Elle est l’autrice de livres pour la jeunesse : des documentaires tels que L’Encyclo de la danse (Gründ), Dans les coulisses de l’Opéra, La danse classique et Passion hip-hop (Nathan) ainsi qu’un album intitulé Une danseuse ne porte pas de lunettes (Kaléidoscope).

Atelier Méga-Giga barre (acte 2) avec le Ballet de l’Opéra Grand Avignon
le 25 juillet 2026 à Vaison-la-Romaine
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Festival le Temps d’Aimer la Danse
du 10 au 21 septembre 2026 à Biarritz
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Atelier Gigabarre avec le Ballet de l’Opéra Grand Avignon
le 13 septembre 2026 à Biarritz
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